Interview de ... Nahis Von Rosen - Clarisse Martorana - Photographie & Communication
21821
single,single-post,postid-21821,single-format-standard,ajax_fade,page_not_loaded,,select-theme-ver-1.5,wpb-js-composer js-comp-ver-4.3.4,vc_responsive

Interview de … Nahis Von Rosen

Guerrière Médiévale - Crédit photo : Clarisse Martorana

Guerrière Médiévale – Crédit photo : Clarisse Martorana

 

Rencontre avec Nahis Von Rosen, modèle photo. Ayant déjà collaboré avec elle sur différentes séances photographiques, j’en ai profité pour lui expliquer mon idée de blog. Enchantée de cette proposition, elle nous fait part de son expérience et de son regard sur le monde de la photographie.

 

Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?

« Je suis étudiante infirmière, je travaille aussi en tant qu’aide-soignante et, pour moi, être modèle, c’est une passion que j’aimerais faire évoluer vers le côté professionnel. »

 

Tu es modèle photo depuis combien de temps ?

« Depuis 2012. C’est là que j’ai eu ma première expérience. Je m’y suis mise à fond fin 2013, j’ai ouvert une page Facebook et j’ai démarché des personnes. »

 

Quel a été le déclic qui t’a fait te dire « tiens, je me mettrais bien à la photo » ?

« J’ai pas mal d’amis dans mon entourage qui posaient et je trouvais ça assez cool. Au début, je me disais que ce n’était pas pour moi. Après ma première expérience en 2012, je me suis dit : « Non, j’ai une sale tête, ça passe pas ». Finalement, je me suis dit que ça pourra me permettre d’avoir confiance en moi et que si ça marchait pas, j’arrêterai. Aujourd’hui, ça marche et je continue. »

 

Qu’est-ce que le modelling t’a apporté puisque tu nous parles de confiance ?

« J’étais vraiment complexée et maintenant je m’accepte tel que je suis. Je ne suis plus à regarder en me disant « Si j’avais les sous, je me ferais refaire les seins, le nez … etc » Maintenant non, mes défauts ce sont aussi mes qualités. De plus, cela permet de faire beaucoup de rencontres et accentue mon côté relationnel. J’ai tissé des liens avec certains photographes qui sont devenus de bons amis tel que Eyepit. »

 

Comment s’est passé ton tout premier shooting ?

« Mon tout premier shooting n’était pas du tout pro. C’était avec une amie, on était avec nos petits appareils et je ne savais pas quoi faire. Même quand j’ai débuté avec des photographes professionnels, je ne savais pas comment positionner ma tête ou mes mains, avec des retours comme « Je sais pas, fais quelques chose ! », « Essaye d’être expressive. » Des fois, ce n’est pas évident, surtout si, comme moi, on ne commence pas avec un pro. Les professionnels nous guident, nous expliquent les poses que l’on doit prendre car ils ont de l’expérience. »

 

Ton meilleur shooting ?

« On va dire que c’est celui avec Sophie Narses car j’y ai vraiment mis toute mon énergie. Il y a une dizaine de personnes qui sont venus travailler avec moi. C’était quelque chose d’incroyable entre les maquilleuses, coiffeuses, la styliste, un créateur cuir, une créatrice bijou ainsi que des assistantes et puis l’écurie pour les chevaux. »

« C’est vrai que malgré les conditions météo qui ont fait que ça a été difficile, c’est le genre de shooting que j’aimerais faire tout le temps, même si ça demande beaucoup de temps et d’énergie. »

 

Et ton pire shooting ?

« Je l’ai fait avec un amateur. Au départ, je n’étais pas vraiment fan de son travail mais il a tellement insisté que j’ai fini par accepter. »

«  Au début, il voulait faire du nu, je lui ai dit clairement non. J’attends toujours de voir les capacités du photographe avant de me déshabiller devant lui. Sur ce shooting, c’était en duo avec mon copain qui pose de temps en temps. Résultat, il n’y a eu aucune photo de bonne et c’était la première fois que cela m’arrivait. J’ai fait plus de 50 shootings à l’heure actuelle et sur cette séance aucune photo n’était récupérable ; techniquement elles étaient mauvaises. »

 

Quel est le déroulement d’un shooting en général ?

« On se rejoint sur le lieu prévu avec le photographe. Je ne l’ai pas forcément rencontré avant, car certains résident relativement loin. On a discuté auparavant de ce qu’on voulait, s’il veut participer au stylisme, au maquillage, mais la plupart du temps, c’est moi qui m’en occupe. »

« Durant le shooting, je demande à voir les photos et donne mon avis, cela me permet aussi de ne pas faire de poses répétitives et de tourner en rond. A l’issue de ça, quand on pense avoir fait le tour, le photographe me dit s’il a ce qu’il lui faut et la partie active s’arrête là. »

« Ensuite vient la sélection des photos. Cette partie se passe différemment en fonction du photographe. Je préfère qu’on m’envoie les planches en basse définition pour que je puisse donner mon avis, mais il y a beaucoup de photographes qui ne veulent pas. On a l’impression d’être l’objet de la photo et après eux font ce qu’ils veulent. Ce genre de réaction met souvent mal à l’aise surtout quand la séance photo a pris du temps et qu’au final ils n’en sélectionnent que vingt que lui affectionne plus particulièrement. »

 

Concernant les agences, je sais que tu as pour but de les démarcher, comment t’y prends- tu ?

« Oui, j’ai commencé à démarcher des agences pour avoir un côté plus professionnel. Je regarde les agences qui se trouvent sur internet et les contacte par la suite. Pour l’instant, je me heurte à des réponses négatives ou des non–réponses. Je suis une modèle qu’on appelle alternative, je suis tatouée, percée et je fais moins d’un mètre soixante-douze, donc cela met des barrières. La seule agence qui était sur le point de me prendre est sur Paris, mais il aurait fallu que j’habite là-bas, c’était un peu compliqué. J’ai aussi démarché à l’international des agences principalement allemandes et anglaises. Mais je me dis que je devrais peut être attendre encore quelques années pour acquérir plus d’expériences et avoir un meilleur rendu à leur présenter. »

 

Comment démarches-tu les photographes ?

« La plupart du temps, je contacte les photographes via Facebook qui est l’un des outils principaux. Tout le monde est dessus, tu as la possibilité de voir leur travail et avoir des avis pour éviter de tomber sur des vicieux. Tu peux directement parler avec eux et prendre aussi contact avec les modèles qui ont déjà posé avec. »

« Je me dirige principalement vers les messages privés, c’est plus direct. Mettre un message sur leur mur ou un commentaire n’intéresse pas tout le monde. »

 

Et le message, comment le formules-tu ?

« Dans un premier temps, je me présente, je mets un lien vers ma page ainsi que mon book, car c’est le minimum. Après, je mets quelques lignes en précisant que je suis modèle alternatif, les styles de photos que j’affectionne et pourquoi j’apprécie leur travail. »

 

Parce que la plupart du temps, tu choisis ton style de photographe ?

« Oui, parce que j’ai pas assez de temps pour aller avec tous les photographes. Je fonctionne au coup de cœur. En ce moment, je contacte de moins en moins de photographes, tout simplement parce qu’ils me contactent eux-mêmes. Mais j’ai souvent des projets spécifiques en tête comme je travaille aussi avec les créatrices Les Coutures D’Aemylia & Arghote Couture qui me prêtent une partie de leurs réalisations. En fonction de ce qu’elles me donnent, je regarde quels photographes pourraient convenir. Si je pense à quelqu’un en particulier, je le contacte directement, sinon je regarde dans les candidatures que l’on m’a envoyées pour proposer un des projets. »

 

Et dans ce cas, quel est ton style ?

« Comment expliquer mon style, c’est une bonne question… Je suis passionnée d’univers décalés depuis l’adolescence. Je ne me dirige pas vraiment vers les projets « mode » car je ne me retrouve pas dedans. Généralement, j’essaye quand même de marier l’univers du photographe et le mien pour faire quelque chose d’unique. »

 

Je voudrais revenir sur ce que tu as dit avant, qu’il y a des photographes vicieux. Est-ce que tu as déjà eu des demandes douteuses ?

« Oui, j’en ai déjà eu. Souvent, ce sont des photographes qui, techniquement, n’ont rien d’exceptionnel et dans ce cas je décline leur proposition. Si on a un doute, il ne vaut mieux pas y aller. Je ne vais pas perdre du temps et prendre des risques. »

 

As-tu déjà eu des surprises une fois le shooting effectué ?

« Pas tellement, mis à part ma mauvaise expérience. Maintenant, lors des shooting, avec l’expérience, j’essaye de voir comment la personne travaille, s’il reste debout, les bras tendus devant lui pour prendre les photos, je me dis que ça va pas le faire. Un vrai photographe doit bouger, faire des plongées, des contre-plongées et non rester debout. C’est un peu sportif d’être photographe. Pour résumer, on a une idée du résultat avant même de voir les photos. »

« Par contre, j’ai eu quelques fois des déceptions, comme l’un des tout premiers shooting que j’ai fait, je n’aimais pas mon visage. Au final, une seule photo a été retenue, un portrait, alors que j’avais durement travaillé le stylisme. »

« Cependant je suis rarement déçue par les sélections. J’indique souvent mes coups de cœur pour que je gagne au moins quelques choses de positif de la séance. Généralement les séances durent deux heures et des fois beaucoup plus longtemps quand elles sont en plusieurs parties. On ne voit pas toute l’organisation qui est demandée et pour moi cela représente pratiquement une journée entière. Donc dans la mesure où je ne suis pas rémunérée, j’aimerais que cela m’apporte quelque chose pour mon book. »

 

 

Question un peu plus personnelle, comment tes amis et ta famille ont réagi par rapport à ton activité de modelling ?

« Ils l’ont plutôt bien pris. Au départ, ils avaient une appréhension car ce milieu est assez réputé pour avoir des personnes mal intentionnées. Quelquefois mon copain m’accompagne, mais j’y vais la plupart du temps seule, sauf quand je ne le sens pas, je demande à quelqu’un de venir avec moi. »

« Au niveau de ma famille, ils sont fiers, ils montrent mon travail à leurs amis. Même si les séances lingerie et nu artistique ont été compliquées à accepter malgré le fait que ça ne soit pas vulgaire. »

« Par contre au niveau de mes amis c’est mitigé, il y a eu de la jalousie car je suis beaucoup moins présente pour eux. Il y a eu le fait que j’ai pris confiance en moi, et certains n’ont pas accepté le changement. Mais la grande majorité me soutient vraiment, me donne des critiques constructives et permet de tisser des liens plus forts qu’avant. »

 

Peux-tu m’en dire un peu plus sur tes projets ?

« J’aimerais bien travailler avec Frédéric Chorier, mais ça, tu le savais déjà (rires). Je voudrais travailler avec des personnes qui me permettent de progresser, car je considère que j’ai encore pleins de choses à apprendre. Pour y arriver, il ne suffit pas de s’entraîner chez soi, mais aussi de s’entourer de personnes expérimentées pour pouvoir avancer. »

 

En parlant de Frédéric Chorier, c’est un style totalement différent de ce que tu fais actuellement car il est très axé photographie de mode. Tu disais juste avant que ce n’était pas un type que tu voulais exploiter ?

« Justement je n’aime pas rester sur un a priori, je veux voir le côté intéressant de la photographie de mode, et je pense que c’est la personne la mieux placée pour le montrer. Je ne veux pas forcément rester dans un style, j’ai envie d’exploiter toutes les parties de la photographie du moment que ça reste dans mes objectifs. A la suite de ce shooting, je pourrais savoir si ce genre là est fait pour moi ou non. »

 

Je voudrais parler des jeunes qui veulent devenir modèle ; qu’est-ce que tu leur conseillerais ?

« Dans un premier temps, restez humble. Beaucoup croient qu’en faisant trois shootings, elles deviennent des modèles pro. Je vous dis, non, cela ne fonctionne pas comme ça ! Il y aura toujours meilleur que vous, et, pour avoir des contacts, ce n’est pas la meilleure méthode. Au contraire, en restant humble et en expliquant que vous êtes modèle débutante, vous aurez plus de facilité. »

« En revanche, évitez vraiment de vous prendre en selfie, la bouche en cœur, pour postuler, cela repousse les photographes plus qu’autre chose. Des photographies prises avec un amateur feront l’affaire. Certains photographes vous demanderont de faire des books, personnellement je ne vois pas l’intérêt d’investir une somme incroyable pour ça quand on débute. Et surtout quand on n’est pas sûr de vouloir faire ça à plus ou moins long terme. »

« A savoir qu’être modèle n’est pas une question de beauté mais surtout une question d’expressivité. La fille la plus belle du monde ne saura pas forcément faire de jolies photos, si son visage reste inexpressif cela n’apportera rien de très concluant. »

« Posez-vous aussi les questions « Pourquoi je veux devenir modèle photo ? », « Qu’est-ce que cela va m’apporter ? . »

« C’est un réel engagement, il faut du sérieux parce que sinon cela tourne vite à la catastrophe. Déjà qu’en temps normal, on est vite critiqué, il suffit d’en rajouter et c’est la porte ouverte aux insultes, ce qui pourrait plus vous détruire qu’autre chose . »

 

Il y a une polémique depuis quelques temps sur le fait de payer un photographe ou non, qu’en penses-tu ?

« Je pense qu’un photographe professionnel et déclaré doit gagner sa vie. Après, je n’irai pas payer un photographe amateur. Je trouve normal qu’un photographe demande une rémunération, mais, dans ce cas, c’est une commande. Le ou la modèle doit choisir son thème, ses intervenants et les photos qui seront gardées au final. »

«Au contraire, dans le cas d’une collaboration gratuite, le photographe peut donner des directives et on fait valoir notre avis, c’est ce qu’on appelle du « poses contre photos »
Et à l’inverse, quand le photographe rémunère la modèle, on écoute simplement ses directives et on s’exécute. Pour moi, c’est comme ça que je vois la chose. »

 

Et plus précisément sur le on dit « tu es photographe c’est une passion, je ne vois pas pourquoi je te paierai » ?

« Je trouve ça stupide, tout le monde peut être passionné par son métier et cela ne veut pas dire qu’on va faire nos prestations gratuitement. Ça s’applique à tous les métiers artistiques, par exemple quand tu vas dans un salon de coiffure, tu payes ta coupe alors pourquoi est-ce que je ne paierais pas tes photos, c’est un service. »

 

 

Vous pourrez retrouver Nahis Von Rosen sur Facebook & Book.fr ainsi que prochainement sur mon site dans la rubrique Portfolio Photographie.

 

No Comments

Post a Comment